Extrait de Cooking Drama et 1200 "likes"

Publié le par Clara Le Corre

Extrait de Cooking Drama et 1200 "likes"

J'ai atteint plus de 1200 likes sur Facebook hier soir ! C'est grâce à vous ! J'ai donc décidé de vous faire part d'un extrait de "Cooking Drama" (disponible le 25 février sur Amazon.fr) pour vous remercier de votre soutien !

"Le Chef Greyclaw était connu pour diriger un des meilleurs établissements de la région. Sa cuisine raffinée attirait toujours plus d’amateurs de gastronomie au point que paraissent de nombreux articles dans les journaux. C’était un homme de génie. Un génie culinaire. Et quoi de mieux pour commencer sa carrière dans le monde de la cuisine qu’un grand Chef pour vous apprendre les bases ? Vous montrer comment dresser un plat en sauce, enjoliver les assiettes, décliner les saveurs, jongler entre les épices, et pourquoi pas tester de nouvelles recettes ?
Il n’en faut pas plus pour qu’une partie de mon esprit se mette à vagabonder dans un univers où n’existent que le grésillement des casseroles sur le feu, les odeurs alléchantes de gratins au four, le délicat fumet du poisson poché et le pétillement de la viande en train de cuire.
Moi, Maggy Renoy, j’allais être apprentie chez un grand de la gastronomie... et mon aventure commençait aujourd’hui !
La route coupe à travers une multitude de champs aux teintes d’or et de bronze, signe que l’automne s’est tranquillement installé. La ville était désormais bien loin et la chaîne de montagnes devenait de plus en plus impressionnante au-dessus de moi. À mesure que je m’approche, j’ai l’impression de me faire écraser par sa masse. Rapidement, je gagne en hauteur. Ma voiturette me mène bon train sur la pente rigoureuse. Les arbres protègent la route des rayons de soleil et dessinent des ombres rigolotes sur le sol.
J’ai déjà fait ce trajet plusieurs fois, et instinctivement, mes yeux cherchent le panneau correspondant à ma direction :


Bourg-Soissy


Mon cœur se serre. Maintenant que j’approche de ma destination, l’appréhension m’envahit et se traduit en une boule de plomb au fond de mon estomac.
Tu vas avoir ce stage, il est fait pour toi et pour personne d’autre ! Tu vas cartonner à l’entretien !
Je tourne à gauche et emprunte la route de terre qui redescend en pente légère. Les cailloux rebondissent contre ma carrosserie dans un petit fracas. Les arbres ont gagné en intensité et les ombres que je trouvais rigolotes sont maintenant floues, presque menaçantes.
La végétation est si dense qu’elle déborde sur la route. Enfin, la voie s’élargit et je vois apparaître les toits des premières maisons.
Voilà, je suis dans le village de Greyclaw.
Un groupe d’enfants est en train de jouer au ballon sur le trottoir. J’entends leurs petites voix nasillardes avant de m’enfoncer plus en avant dans le village. Les habitations se raréfient et le silence tombe doucement autour de moi.
J’y suis presque.
Un kilomètre plus loin, un bâtiment de couleur sombre apparaît au-dessus des autres. Les tuiles semblent avoir traversé plus d’un siècle d’intempéries en tous genres : rouillées, tantôt brunes, tantôt blanches, elles me font penser au sourire écaillé d’une dentition en train de pourrir.
Je continue de rouler lentement, ma tête au-dessus du volant pour distinguer les fenêtres sombres et usées par le temps. Planté dans le béton juste en face de l’auberge, un panneau aux bordures de métal doré indique « Auberge de la Louche d’Argent ».
Je me gare là et coupe le moteur de ma voiture sans en descendre.
Je suis passée ici au moins deux fois et je n’arrive toujours pas à croire que c’est dans cette vieille bâtisse lugubre que travaille le Chef Greyclaw. J’observe attentivement le bâtiment à travers la vitre, tachant de guetter un mouvement venu de l’extérieur, mais tout semble calme. Rectification : tout semble mort.
J’ai décidément du mal à lui trouver un charme quelconque. Certaines personnes aiment le genre décrépi et hanté, moi, ça me fait plutôt flipper. Non seulement l’auberge a un aspect austère et abandonné, mais en plus, il n’y a pas âme qui vive aux alentours, à croire que les gens fuient les lieux. Et je ne leur en veux presque pas.
Ce n’est pas le moment de faire ta poltronne ! me dis-je en m’extirpant de la voiture. Greyclaw se cache là-dedans et je compte bien le trouver !
Je m’apprête à tenter le tout pour le tout afin d’obtenir une place et de construire ma future carrière. Je n’allais donc pas me laisser impressionner par une bâtisse un peu négligée ! ... bon, très négligée, d’accord.
Je m’avance jusqu’à la grande porte en bois au-dessus de laquelle se trouve une lucarne poussiéreuse en forme d’œil. Sa forme est inquiétante, mais son état l’est encore plus. Poussiéreuse et mal entretenue, elle n’invitait certainement pas les clients à venir.
Il faudrait donner un coup de propre là-dessus.
Je pousse le heurtoir en bronze vers l’intérieur et la porte pivote dans un grincement sonore. Bonjour l’ambiance !
Néanmoins, je suis plus agréablement surprise par la disposition – et la propreté – des lieux.
La grande salle est baignée des rayons lumineux du soleil qui pénètrent par les larges fenêtres – nettoyées celles-là. Les tables, encore vides, remplissent tout l'espace par groupes de quatre, trois et deux. Elles entourent les piliers de soutien de la pièce d'un brun aussi sombre que le plafond. Un large bar occupe une partie de la salle au fond et dissimule à peine une petite porte dans le mur qui doit conduire à la cuisine. Les différents tableaux accrochés sur les murs représentent des coups de pinceaux abstraits et amènent beaucoup de chaleur à l’endroit.
Je n’entends rien nulle part, comme si l’auberge était endormie. Un ronron continu – que je reconnais comme le bruit d’un four en marche ! - me fait penser que quelqu’un est dans les parages.
Je repousse une mèche de mon visage et redresse le dos. Je suis à l’heure pour mon rendez-vous, je n’ai donc pas à m’inquiéter de déranger qui que ce soit.
Quelqu'un a bien dû m'entendre entrer.
Je songe à la porte qui a grincé quand j’entends du mouvement dans ce qui semble être la cuisine. Des bruits discrets m’indiquent que quelqu’un est en train de faire du rangement avec la plus grande minutie. Plus de doutes, le Chef est là.
Je tire une dernière fois sur ma chemise, passe une main vérificatrice sur mon chignon, puis me dirige d’un pas assuré vers le bar. La petite porte dans la cloison est entrouverte, si je me penche un peu, je pourrai apercevoir quelqu’un.
C’est le moment de faire bonne impression. Tu sais ce qu’on dit à propos du premier contact. Aie l’air sûr de toi et parle assez fort et donne une bonne poignée de main pour saluer...
Qu’est-ce que tu fais là ? lance brusquement une voix dans mon dos et je ne peux m’empêcher de faire un bond.
Je heurte le présentoir en bois et les verres posés au bord se mettent à tinter dangereusement.
Un homme grand et fin me fixe de ses yeux d’un bleu glacial. Ce regard me perce, me sonde et me fige comme si j’avais été touchée par le gel et je dois faire tous les efforts du monde pour m’extirper de son emprise afin de détailler mon interlocuteur.
Il est jeune, trente ans peut-être, mais un pli entre ses sourcils accentue son air sévère et lui donne facilement quelques années de plus.
J’ai de la peine à calmer le rythme emballé de mon cœur et je dois avoir l’air d’une idiote à ne rien répondre, aussi je tâche de reprendre contenance.
Je cherche..., dis-je, mais je suis interrompue.
Tu es Maggy ? me demande l’inconnu
J’acquiesce et le jeune homme me tend sa main large et pleine de minuscules coupures.
Alistair Greyclaw, me dit-il."

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